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Compte-rendu du Congrès scientifique "Provence 2009" (Aix-en-Provence, 6-8 juillet 2009

Olivier BELLIER
CEREGE
Université Paul Cézanne Aix-Marseille

Quels acquis ? Qu’a-t-on appris depuis un siècle ? Ce sont les deux questions qui ont constituées le cœur des présentations et des discussions du Colloque que nous allons synthétiser par la suite (tous les résumés sont disponibles sur le site web du Congrès : Provence 2009.



























Aléa et prévision

On sait aujourd’hui ce qu’est un séisme : c’est une rupture et un glissement soudain le long d’une faille affectant la croûte terrestre en réaction à des contraintes tectoniques accumulées au cours du temps. Nous avons pu voir durant le colloque l’apport important de la surveillance géologique et géophysique, et plus particulièrement de l’instrumentation sismologique. On ne connaît pas encore parfaitement, « mais pas mal quand même », les phénomènes qui contrôlent les caractéristiques des mouvements sismiques et leurs effets sur le sol. La encore l’instrumentation, permanente et temporaire, a permis de nettement progresser mais la simulations numérique, ou modélisation, nous a permis une meilleure compréhension des phénomènes. Tous les scientifiques (géologues, séismologues et géophysiciens…) s’accordent pour dire que le Séisme correspond à un phénomène complexe caractérisé par une grande variabilité. Il en résulte qu’il est actuellement impossible de prévoir de manière fiable l’occurrence des séismes sur une échelle de temps courte (quelques heures à quelques jours). Cette lacune concernant la prévision scientifique et court terme a été très largement illustrée par la polémique qui suivie le séisme de l’Aquila. « Quelques notes d’optimisme » : on a identifié et répertorié des phénomènes physico-chimiques qui semblent précurseurs, c’est à dire qui précédent certains séismes. La difficulté réside dans le fait qu’on ne connaît pas les mécanismes qui sont à l’origine de ces précurseurs. D’autre part, la source d’un séisme (i.e., l’initiation de la rupture) est générée sur une surface de faille restreinte de quelques dizaines voire centaines de mètres carré et en profondeur, sur surface de faille totale qui peut atteindre 100, 1000 voire 10000 km2…

Pour les failles les plus actives et les mieux connues nous avons, à ce jour de bonnes informations « déterministes » sur les séismes les plus gros et donc les plus pénalisants du passé qui permettent une prévision long terme fiable (Magnitudes maximales des séismes et leur récurrence, c’est à dire le temps de retour de ces séismes maximums du passé et du futur) mais avec une large incertitude. Cette incertitude sur l’aléa déterministe nous conduit à avoir une approche statistique de l’aléa que l’on appelle « probabiliste », cette approche est de plus en plus développée et elle est bien sur d’un grand intérêt.

Les présentations de ce colloque ont montré : qu’on connaissait de manière assez fiable le cadre géodynamique global et régional de nos séismes, c’est à dire le moteur à l’échelle de la tectonique des plaques, de la formation des chaînes de montagne, de l’évolution des failles régionales, même s’il existe quelques controverses scientifiques dans le détail. On a appris à mieux identifier les grandes zones (failles) où peuvent se produire des séismes importants. On a vue que la géologie des séismes, la paléosismologie, s’est beaucoup développée et a permis d’améliorer la connaissance des séismes majeurs très anciens (d’il y a 10.000 ans voire plus de 100.000 ans). La compilation des archives historiques (sismicité historique) et archéologiques (archéosismicité) a également permis une amélioration de cette connaissance dans un passé plus proche (échelle humaine). Le développement des réseaux de surveillance et des techniques géophysiques nous permet de mieux connaître les structures du sous-sol proche et profond et leur comportement, mais on ne se donne pas toujours les moyens de les utiliser…

Pour résumer : certains précurseurs sont identifiés mais leurs relations avec le phénomène sismique ne sont pas encore connues, les lieux où les séismes sont susceptibles de se produire sont connus, la prévision statistique des séismes attendus à long terme est réalisée, en revanche la prévision des caractéristiques des vibrations est liée à des méthodes empiriques qui restent encore à améliorer.

La fiabilité des modèles de propagation des ondes sismiques est liée à la nécessité d’une bonne connaissance de la structure du sous sol, qui elle est généralement non disponible. En conclusion, on sait donc très bien faire l’autopsie d’un séisme passé et comprendre ce qui s’est passé, mais on ne sait pas encore dire ce qui va se passer, même si on commence à avoir des idées assez précises de ce qui peut se passer : approches déterministe versus probabiliste.


Prévention et vulnérabilités

En l’absence de technique de prévision fiable, la prévention reste sans conteste le seul moyen de minimiser les risques de destruction matériel et de perte en vie humaine. Sans prévention adéquate, un séisme comme celui de Lambesc produirait aujourd’hui de nombreuses victimes, quelques centaines de morts, des milliers de blessés, et des destructions sans précèdent en France, pouvant s’estimer en millions voire milliards d’euros de dégâts, d’après une étude menée par le Ministère de l’Environnement. En l’absence d’une prévision fiable, il convient donc d’améliorer la prévention en diminuant la vulnérabilité...

Là où la Terre a tremblé, elle tremblera de nouveau. Cette loi naturelle permet une première étape vers la prévention. En effet, elle permet d’établir des cartes de zones potentiellement sismiques. Et par conséquent, à défaut de prévoir "Quand" elle re-tremblera, nous pouvons définir "Où" elle re-tremblera... L’évaluation de l’aléa sismique reposera donc, entre autre, sur l’identification et la localisation des séismes du passé, comme du présent et donc des failles qui les générèrent.

Ensuite, la prévention sismique consiste à établir un ensemble des mesures qui visent à réduire l’impact d’un séisme sur les populations, les constructions et l’activité économique. Ces mesures préventives ont pour objet de diminuer la vulnérabilité en deux étapes : 1- en informant de l’existence du risque et du comportement à avoir en cas de crise (séisme) ; 2- en construisant de manière adéquate des bâtiments résistants à l’agression des séismes possibles (construction parasismique/ vulnérabilité physique).

Vulnérabilité physique

En ce qui concerne la vulnérabilité physique, le retour d’expérience de toutes les catastrophes a permis de beaucoup faire progresser la connaissance sur la "pathologie sismique", d’identifier les bonnes dispositions constructives et les très mauvaises, et « in fine » d’édicter des règles parasismiques, qui sont efficaces quand elles sont respectées. D’autre par, de grands équipements expérimentaux (table vibrante, mur de réaction, centrifugeuse) sont efficacement utilisés pour qualifier et dimensionner tous les modèles utilisés en ingénierie parasismique. Il reste cependant beaucoup de zones d’ombre : - Comment dimensionner les ouvrages géotechniques ? - Comment évaluer puis diminuer la vulnérabilité des bâtiments existants ? (méthodes de diagnostic et de renforcement) - Comment appréhender avec certitude (et en tenant compte des incertitudes !) la vulnérabilité des industries à risque spécial (nucléaire, seveso…) ? - Comment tenir compte du vieillissement des matériaux nouveaux utilisés en construction parasismique ? (patins isolateurs, corrosion des armatures, renforcement des sols, ...) A cela s’ajoute une perte de qualité notable dans la construction courante. D’autre part, les pressions foncières conduisant à urbaniser des zones à sols médiocres tend à augmenter la vulnérabilité.

Vulnérabilité socio-économique et gestion de l’événement

Les connaissances scientifiques sur les phénomènes provoquant des catastrophes permettent d’élaborer des mesures (ouvrages, politiques) de prévention. Ces mesures nécessitent des coûts d’investissement qu’il s’agit de mettre en balance avec les dommages évités (dommages incluant des éléments non marchands et donc difficilement « monétarisables ») et/ou les compensations à prévoir. Les connaissances scientifiques sur les sociétés humaines ont permis de développer des théories et des méthodes de gestion de ces risques monétaires, elles permettent aussi d’évaluer en termes monétaires des risques qui ne le sont pas. Enfin, elles offrent différentes possibilités de gérer ces risques en y intégrant les mesures de prévention qui les réduisent, ou des mesures de précaution en cas d’incertitude scientifique sur les phénomènes et sur les sociétés.

Aspect sociologique

Les études menées en psychologie sociale ont montré par voie expérimentale pourquoi il est essentiel de situer l’analyse de la pensée sociale en matière de risque sismique à l’articulation de l’individuel et du collectif. Dans cette analyse, les pratiques des individus et des facteurs psychosociaux tels que leur sociabilité et leur implication personnelle sont particulièrement utiles pour l’étude des représentations sociales et des conduites liées au risque sismique.

Scénarios d’événement

Aujourd’hui, nous avons les « outils » et une connaissance suffisante de « l’événement sismique », pour faire des scénarios d’événement plausibles afin de réaliser des exercices. Un constat important : il est absolument nécessaire après un événement de pouvoir évaluer très rapidement les dommages à l’échelle de la zone affectée ainsi qu’au niveau d’un ou de plusieurs bâtiments.

En conclusion, on sait construire parasismique mais on ne s’en donne pas forcément les moyens, notamment en ce qui concerne l’application de la réglementation. Des besoins de connaissance et surtout de pluridisciplinarité ont été identifiés dans les domaines suivants : l’information et la formation, la prise en compte des paramètres psychologiques, les « outils » socio-économiques ainsi que l’implication des assurances. Des perspective et améliorations sont à envisager en ce qui concerne l’instrumentation (ouvrages / bâtiments), la doctrine d’amélioration de l’existant, la gestion de crise...


Table ronde de “Provence 2009 ” – « Apports de la recherche à la société civile : quels acquis, quelles demandes, quelles perspectives ? »

La dernière demi-journée du colloque « Provence 2009 », a été consacrée à un table ronde intitulée « Gestion du risque sismique : apports de la recherche à la société civile, quels acquis, quelles demandes, quelles perspectives ? » correspondant à une séance de discussions et d’échanges sur les apports de la recherche en termes de réponses opérationnelles pour la gestion du risque sismique au quotidien. Cette table ronde a réuni hormis des scientifiques présents au Colloque, des acteurs de la prévention du risque et de la société civile (des élus, des industriels, des représentants de l’Etat, des experts, des constructeurs, des assureurs et des enseignants). Elle a permis d’aborder des thèmes variés tels que : la connaissance du phénomène sismique, la culture du risque, la construction parasismique, la vulnérabilité du bâti ancien, la préparation à une crise sismique,… Pour chaque point, les dimensions techniques, politiques, sociales et économiques ont été discutées. Des personnalités régionales ou nationales, telles que Christian KERT, Député des Bouches-du-Rhône, Hubert SEILLAN, rédacteur en chef de la revue Préventique Sécurité Magazine, et Philippe BISH, Président de l’Association française de génie parasismique (AFPS), ont présidés ou conduit les discussions. Au delà des discussions engagées au sein de la table ronde, des échanges avec la salle, composée également de personnes civiles et de représentants d’associations, ont permis d’enrichir les débats et d’apporter des éclairages différents en fonction des expériences et des compétences de chacun. Parmi les thèmes abordés nous pouvons mentionner* : Grands barrages et risque sismique, Risques industriels (seveso, nucléaire…) et séismes, L’information et sensibilisation des citoyens, La réglementation (mise en oeuvre et application), le Plan Séisme (Plan interministériel, mis en œuvre entre 2005 et 2010 par le ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer - MEEDDMe), afin de réduire la vulnérabilité des personnes au risque sismique et d’accompagner la nouvelle réglementation), La Société civile face aux séismes, l’Enseignement scolaire et le risque sismique , le Génie parasismique, la Gestion de crise …

Cette table ronde avait in fine pour objet d’établir une formulation des besoins de la société civile dans le domaine de la recherche. Cette analyse s’est faite après une présentation synthétique de l’état de l’art de la recherche réalisée à travers les présentations faites au cours du congrès. En introduction à la Table Ronde une synthèse des résultats du colloque a été présentée par PY. Bard, il a ouvert, très justement, son intervention par ces mots : « Qu’avons-nous appris depuis 1909 ? : l’humilité... ».


Ce compte-rendu a été réalisé avec le concours de :

  • Pierre-Yves Bard (LGIT, Université Joseph Fourier)
  • Fabrice Hollender (CEA, Cadarache)
  • Ghislaine Vherriest (ASN, Autorité de Sureté Nucléaire)
  • Claire Arnal (DREAL- Paca)
  • Robert Kast (LAMETA- CNRS-INRA, Montpellier)
  • Andreea Ernst- Vintila (CNRS UMR 6012, Aix-Marseille Université)

Un recueil des conclusions de cette table ronde est disponible sur le site "Provence 2009" : www.provence2009.org

date mise a jour 19 novembre 2010

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